Histoires de Thé

Il est cinq heures de l’après-midi. Il a plu toute la journée, c’est normal, c’est l’automne, novembre. On l’a accepté avec une sorte de passivité blasée ; mais au fond, avec une joie secrète : enfin, on va pouvoir terminer Oliver Twist, tranquillement affalé dans le canapé, sans les remords de rester-enfermé-par-un-si-beau-temps.L’après-midi s’est écoulée, doucement. Petit à petit, il a fait plus sombre. Il va bientôt falloir allumer la lumière.Et puis quelqu’un propose :
- Je vais me faire du thé. Qui en veut ?
Oui, pourquoi pas. C’est l’heure, après tout. Et, avec ce temps anglais, enroulé dans un plaid, il ne manque qu’une tasse d’Earl Grey dans les mains pour compléter la panoplie.
- Tu veux du sucre ?
- Oui, un demi - merci.
On pose le livre, avec le marque page, pour ne pas l’abîmer. Le thé est brûlant. Ce n’est pas grave, on peut ajouter un peu de lait.En silence, on regarde le nuage blanc se répandre dans le liquide ambré. Tout de suite, le thé est moins beau, moins attirant. Mais, rien que pour avoir vu le nuage se former, on est heureux d’avoir rajouté la goutte de lait en plus.On sirote le thé, doucement, par toutes petites gorgées, pour ne pas se brûler. Et puis, avant de l’avoir fini, on allume la lumière, et on se replonge dans son livre. Bien sûr, on tient la tasse dans une main. Pas par l’anse, non, mais à pleine main. On se laisse envahir par sa chaleur ; les yeux rivés sur le livre on la porte de temps en temps à ses lèvres, quand le récit faiblit. La fin du thé passe alors en douceur. On commence un thé, on ne le finit jamais vraiment. On n’y pense plus, finalement.Et ce ne sera que quand le livre sera terminé que l’on s’apercevra que, oui, le thé est fini, lui aussi…


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